LA LOI DE CHRIST
Lecture biblique : Matthieu 18:15-20 ; Luc 17:3-4 ; Matthieu 5:21-26
Commentaires généraux
Nous avons ici la description d'un processus social à appliquer au sein de la communauté des croyants. Celui-ci est ordonné par Jésus et son application fait revêtir à l'assemblée une autorité divine toute particulière.
La responsabilité quant à l'initiation de la procédure retombe sur l'offensé et non pas l'offenseur. C'est donc celui qui a priori n'est pas en faute qui doit faire le premier pas.
L'initiative est personnelle et non pas cléricale/ecclésiastique. Ce n'est pas à un dirigeant quelconque de veiller sur l'ensemble des membres à ce niveau. L'amour mutuel entre tous les membres doit permettre une communication latérale ouverte.
Le but est curatif et non pas punitif. C'est une approche dans l'amour, la douceur et l'humilité, dans le but d'amener le pécheur à la repentance.
Aucune distinction n'est faite entre les offenses « majeures » et les offenses « mineures. » Au fond toute offense est pardonnable, mais aucune n'est anodine.
Contexte biblique
Sous l'ancienne alliance
L'église est née de l'ancienne alliance. Elle est une réalité promise depuis des siècles à Israël et à Juda. Il ne faut pas la considérer comme une entité nouvelle ayant apparu aux temps de Jésus pour « remplacer » Israël. Elle est une évolution de la relation entre Dieu et Israël sous l'ancienne alliance. Elle accomplit en plénitude toutes les promesses qui avaient été données au peuple d'Israël. En ce sens, tout le ministère de Jésus et de ses apôtres doivent être considérés dans le contexte historique et spirituel de l'ancienne alliance.
Lire Deut. 17:2-13 ; Nombres 35:30 ; Jean 8:17
Nous voyons déjà sous l'ancienne alliance que Dieu avait ordonné à Israël d'intervenir de façon communautaire contre le péché qui était au milieu d'eux. Comme Jésus le précise dans Jean 8:17, il fallait que plusieurs personnes interviennent pour rendre valable le jugement.
Il y a dans le processus un cheminement qui préfigure la loi de Christ énoncée dans Matthieu 18. Lire Deut. 17 : verset 4 (personnel), verset 6 (deux ou trois témoins), verset 7 (l'ensemble du peuple).
Dans la prérogative de jugement qui est confiée à Israël, il y a une approbation divine de la décision qui est prise par le conseil. Cela préfigure l'autorité de lier et de délier qui sera plus tard conférée à l'église en vertu de la présence du Saint Esprit. Lire Deut. 17:10-12. Jésus et Paul reconnaissent cette autorité divine qui repose sur les dirigeants spirituels qu'ils soient dans l'erreur ou non. Lire Matthieu 23:2-3, 26:63-64, Actes 23:4-5.
Références dans le Nouveau Testament
Aujourd'hui, l'église en tant que corps a reçu cette autorité qu'avaient les dirigeants d'Israël autrefois : le pouvoir à travers le Saint Esprit de lier et de délier, de pardonner ou de refuser le pardon. Lire Matthieu 16:19 ; Jean 20:21-23.
Il est intéressant de remarquer que le terme « église » (eklesia) ne figure que deux fois dans l'ensemble des évangiles : dans Matthieu 16:18 et 18:17, c'est à dire dans le contexte de l'autorité d'un groupe de croyants de lier et délier (d'exécuter un jugement ayant autorité divine).
Galates 6:1-4 : « La Loi de Christ »
Ce passage est un exemple d'application de Matthieu 18:15-20 que Paul appelle « la Loi de Christ. » On remarque plusieurs choses :
Verset 1 : Paul s'adresse au début à un groupe (« frères ») puis à chaque individu de manière personnelle (« tu »). La vocation de restauration est donnée à un groupe « vous qui êtes spirituels » mais individuellement, chacune doit veiller personnellement à se comporter avec « un esprit de douceur. »
« Prends garde à toi-même » – On voit ici que l'autorité divine conférée à l'église de doit pas avoir pour effet d'enorgueillir les individus, ni de les rendre sévères à l'égard de celui qui a péché.
L'accent est mis, comme dans Matthieu 18, sur la restauration et non pas sur la punition ou l'exhibition (notez le terme « redressez »).
Verset 2 : La loi de Christ consiste en porter le fardeau des autres, c'est à dire d'avoir une part de responsabilité pour les péchés d'autrui. En effet, comme nous l'avons vu dans Matthieu 18, au sein d'une communauté de chrétiens, c'est le frère qui a subi l'offense qui a la responsabilité d'aller vers son frère pour régulariser la chose.
Versets 3 et 4 : Paul rappelle que nous conservons néanmoins une responsabilité personnelle (« chacun portera son propre fardeau ») par rapport à nos péchés et que nous devons pour cela nous examiner nous-mêmes en même temps que nous agissons avec d'autres croyants à la restauration d'une frère qui a péché.
1 Corinthiens 5:1-5 2 Corinthiens 2:6-11 : Cas d'un péché grave
Dans le premier passage, Paul aborde le sujet d'un fornicateur présent dans l'assemblée de Corinthe. Il est possible comme le disent certains commentateurs que dans le second passage, ce soit le même homme dont il est question. Nous nous contenterons ici de faire quelques remarques sans prétendre traiter même superficiellement les différentes questions soulevées par ces passages.
Paul fait un jugement personnel quant au péché et aux mesures à prendre envers le pécheur. Toutefois, il recommande néanmoins l'assemblée toute entière de se réunir « au nom du Seigneur Jésus Christ » pour prononcer un jugement sur la personne. On voit donc un respect de la loi de Christ dans le processus communautaire, ainsi que dans l'autorité que revêt le jugement que celle-ci prononce.
Même dans le cas d'un péché grave comme celui, nous voyons que le principe de restauration est présent : « afin que son esprit soit sauvé. » L'objectif de l'exclusion n'est pas punitif. Il est pour la préservation de la bonne conscience de l'assemblée (versets 6 et 7) mais aussi pour le bien personnel du pécheur.
Si c'est réellement la même personne dont il est question dans 2 Cor. 2:6-11, nous voyons que Paul montre à nouveau du soin pour le pécheur et enjoint au pardon pour éviter que celui-ci ne soit débordé par la tristesse. Nous voyons au verset 10 que Paul pardonne à distance, comme il juge à distance dans la première épître, par l'intermédiaire de l'assemblée locale.
1 Corinthiens 6:1-8
Paul fait référence à la puissance et l'autorité qui a été conférée à l'église en tant que groupe pour exécuter le jugement. Il semble évident que cela s'inscrit dans le contexte de l'injonction de Jésus dans Matthieu 18.
« Ne savez-vous pas que l'on jugera des anges ? » La vocation de jugement que l'église pratique sur la terre aujourd'hui sera apparemment confirmée et reconduite dans l'au delà à une échelle impensable.
Jacques 5:19-20
Ce passage, ainsi que les quelques versets qui précèdent s'incrit également dans le contexte d'une problématique de résolution de conflits au sein de l'église.
« Couvrira une multitude de péchés » semble se référer aux pardon de nos péchés par Dieu. Autrement dit : celui qui pardonne à son frère (et qui donc sauve une âme de la mort en la ramenant à la repentance) se verra pardonner ses propres péchés par Dieu.
Lier & délier
La fameuse définition de l'église (« Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux ») est placée carrément au centre de cette discussion. Cette phrase est habituellement prise en dehors de son contexte pour montrer qu'il suffit d'être deux personnes pour fonder une nouvelle dénomination, ce qui est dommage. Prise dans son contexte nous voyons que cette « Loi de Christ » est bien plus qu'un conseil de fonctionnement social : c'est un pilier de l'église qui fait intervenir la présence de Jésus au sein d'un groupe pour discerner et juger parmi les croyants.
Lorsque l'assemblée a tranché sur la question, sa décision revêt une approbation divine. Il est important de noter que la puissance de pardonner le péchés (lier et délier) n'est pas conférée à une seule personne. Il faut comprendre que dans Matthieu 16:19 Jésus s'adresse à Pierre comme représentant de l'église qui elle reçoit ce pouvoir à exercer corporativement.
Le pardon mutuel
Le sujet du pardon mériterait une étude à part entière, mais nous allons indiquer quelques points dans le contexte de la présente étude.
Le terme « pardon » ne figure pas dans le passage mais il est clairement sous-entendu. C'est d'ailleurs le point de départ. Si ton frère t'offense, tu ne peux pas aller vers lui pour restaurer la communion entre vous tant que son offense n'est pas pardonnée dans ton coeur. La preuve c'est qu'au verset 21, Pierre demande combien de fois il doit pardonner à son frère par jour. Il a donc bien compris que la mise en application de ce que venait de dire Jésus impliquait un pardon préalable de l'offense de son frère.
La parabole qui suit le passage montre l'importance qui est mise sur le pardon mutuel entre frères. Le dernier verset est même surprenant :
« Voilà comment mon Père céleste vous traitera, vous aussi, si chacun de vous ne pardonne pas du fond du coeur à son frère. »
Le pardon de nos péchés est donc conditionné par notre pardon des offenses que nous subissons de la part de nos semblables. Jésus l'indique bien dans Matthieu 6:14-15 (et Marc 11:26) lorsqu'il commente une phrase de sa prière concernant le pardon des offenses (la seule qu'il commente d'ailleurs).
L'importance de vivre selon ce modèle relationnel est donc présenté comme capital dans la mesure où il nous permet d'une manière pratique et quotidienne de mettre à l'oeuvre notre pardon de notre frère. En outre, le pardon n'est pas théorique ni intellectuel. Nous devons immédiatement prouver son authenticité en allant vers notre frère pour le redresser dans l'amour.
Lire également : Ephésiens 4:32 et Colossiens 3:13.
L'aspect social
Nous voyons dans ce processus simple la marque de la sagesse transcendante du Créateur. En mettant en pratique Ses commandements, l'homme trouve un équilibre psychologique, émotionnel et social. Être humain signifie être en conflit : offenser et être offensé. Quand Jésus nous apprend ainsi à gérer ces conflits, cela nous amène à une guérison et une croissance au sein de la communauté. Le pardon construit la solidarité et guérit la culpabilité.
Cette méthode donne davantage d'autorité à l'église que l'église catholique, donne davantage de liberté individuelle que les courants libéraux, met plus de confiance dans le Saint Esprit que les charismatiques et donne plus de flexibilité et d'ouverture aux nouvelles situations que n'importe quelle institution.
L'implémentation de cette procédure n'est possible que dans les communautés à participation volontaire. Elle ne peut fonctionner si les parties n'ont pas une base morale commune (la Bible) à laquelle chacun peut se référer. Ainsi les groupes à caractère traditionnel, puisqu'ils comportent souvent des gens n'ayant pas un engagement personnel fort, peuvent difficilement pratiquer ce genre de relation entre les membres.
Conclusion
Apprendre à interagir avec les autres membres de l'église, c'est aussi apprendre quelque chose sur la nature de Dieu et ses relations avec l'humanité. En effet : la première offense, c'est bien l'homme qui l'a faite envers son Créateur. Et c'est alors que dans Son amour c'est Dieu qui s'est approché de l'homme pour le ramener pour le sauver. Ainsi à notre échelle humaine, Dieu nous donne l'occasion d'étendre notre pardon et notre amour envers les autres, envers ceux qui justement nous ont offensé, un peu comme Lui l'a fait envers nous. Dieu n'a pas attendu que l'homme vienne vers Lui : il a d'abord envoyé Son Fils ; Il a pris l'initiative de la rédemption. Lire 2 Corinthiens 5:19, 1 Jean 4:9-11, Galates 4:3-5.
En tant qu'êtres humains nous devons apprendre à faire face aux conflits relationnels. Accepter cette réalité et pouvoir aborder ces conflits dans la foi, c'est apprendre à ouvrir un dialogue de rédemption avec l'autre. Au moment où nous entamons ce processus, nous savons que Dieu intervient personnellement à nos côtés. Le résultat est que nous arrivons à bien plus qu'une solution au problème en question – nous prenons un chemin qui révèle la vérité et qui construit la solidarité et l'amour au sein de la communauté.
Mis en ligne par Eglise de Maison.Com Nous aimerions lire vos commentaires : cliquez ici