VIVONS-NOUS UN RÉVEIL
DE RELIGION AUTHENTIQUE ?
( 5 )

par A. W. Tozer


S'il se produisait quelque part dans le monde civilisé un réveil de la vraie foi de Christ, nous serions en droit de nous attendre à ce que les personnes touchées par ce mouvement soient rendues plus spirituelles, plus saintes, au sens le plus profond de ces termes. Le courant religieux actuel ne produit pas du tout cet effet. Au contraire, le concept même de sainteté en est totalement absent. Rares sont ceux qui aspirent à être saints parmi les religieux empressés de notre époque.

Le christianisme, qui avait initialement entrepris de convertir le monde, a fini par subir une conversion inverse. Le monde a converti l'Eglise, et seize siècles plus tard nous souffrons encore les conséquences de ce disgracieuse défaite. Rome a introduit ses pratiques païennes dans le courant pur de la foi chrétienne et les eaux en sont encore boueuses aujourd'hui malgré de nombreux efforts pour les purifier. Et cette grande institution semi-chrétienne semi-païenne, l'Eglise Catholique Romaine, qui a pris son essor au moment de cette conversion inverse, va de victoire en victoire et continue de se répandre sur la face de toute la terre.

L'éveil d'un nouvel esprit religieux ces dernières années comporte une ressemblance perturbante à l'ancien « réveil » sous Constantin. Aujourd'hui comme alors, c'est un quasi-christianisme qui parvient à l'acceptation par le compromis. On marchande avec le monde non-régénéré pour se faire accepter et, comme quelqu'un l'a dit récemment, on offre Christ à prix d'aubaine pour remporter des clients. Le résultat final, c'est une agglomération religieuse qui donne à vomir à tout chrétien révérant.

Sans la moindre intention d'accepter l'autorité de Christ, de nombreux dirigeants religieux utilisent tout-de-même Son nom comme une façade attractive pour pouvoir s'attirer les masses. Qu'il s'agisse ou non de l'accomplissement de cet étrange passage dans Esaïe, cette situation rappelle les mots, « En ce jour-là, sept femmes prendront un seul homme et diront, 'Nous mangerons notre propre nourriture et seront vêtues de nos propres habits; permets-nous seulement d'être appelées par ton nom afin d'ôter notre opprobre' » (Esaïe 4:1). Des doctrines totalement étrangères aux Ecritures sont enseignées au nom de Christ (tel, par exemple, l'étrange amalgame humaniste de Norman Vincent Peale); et Son nom est prononcé sur des actes aussi charnelles et terrestres que jamais se sont produites sous le soleil. Celui auquel on faisait appel en temps de guerre, on l'invoque maintenant pour apporter le succès dans les desseins égoïstes de l'homme non-régénéré.

Une certaine célébrité du cinéma, après une demi-heure de bagarre, de lutte et de désordre général, conclut son émission de radio avec la bénédiction, « Que le bon Dieu vous aime bien. » Une commère de boîte de nuit termine sa diffusion avec l'exhortation « Et partez avec Dieu. » Un disque-jockey qui diffuse depuis un bar a de temps en temps interviewé des personnes religieuses lors de ses émissions pour leur faire expliquer le pouvoir de la prière. Un célèbre comédien de discothèque témoigne publiquement qu'il avait acquis un succès de mille dollars par semaine après avoir prié une statue et promis de contribuer généreusement de son revenu à des fins humanitaires. Il n'est pas rare de voir à l'époque de Noël dans les grandes villes un image de la Vièrge avec le Saint Enfant dans la vitrine d'un bar, entourée de bouteilles de whisky.

En somme, la religion de nos jours ne transforme pas les gens; ce sont plutôt les gens qui transforment la religion. Elle n'élève pas le niveau moral de la société; au contraire, elle descend au niveau de la société qui l'entoure, et se félicite d'avoir remporté une victoire parce que la société accepte joyeusement ce compromis.

Ce que trop de dirigeants religieux négligent c'est que la foi de Christ ne fait aucune concession, n'accepte aucun compromis, ne négocie pas de conditions de paix et ne fait pas de marchés. Christ s'offre aux hommes en tant que Seigneur et Sauveur et ne reçoit les pécheurs repentants que lorsqu'ils se détournent d'eux-mêmes et se placent totalement du côté de Dieu. Les hommes déchus échappent au jugement de Dieu comme Lot a échappé à la destruction de Sodom, c'est-à-dire, en l'abandonnant sans réserve, et non pas en s'y ajustant.

La religion en vogue actuellement ne dit jamais « Tu ne feras pas... »; ce serait penser négativement, et donc contraire à toute la meilleure psychologie. Elle n'impose pas d'ordres aux hommes; elle sourit et cajole et suggère et finit par laisser l'homme faire ce qu'il veut. Tout est permis du moment qu'une miette est lancée à Dieu sous forme de « dévotions » après que le rebelle impénitent se soit bien amusé. Dieu devient ainsi un serviteur qui se tient prêt à aider en cas de besoin mais qui n'impose jamais d'exigences gênantes ni ne s'attend à ce qu'on vive de manière sensiblement différente de la vie facile habituelle qui nous est enseignée par la radio et la presse publique.

Sans nul doute trouvera-t-on par ci par là une heureuse exception. L'Esprit Saint a Son reste, comme en effet il a toujours été le cas, et leur marche sainte et leurs prières inondées de larmes finiront peut-être par sauver la mise.

( Article tiré de The Price of Neglect, chapitre 27 )

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