Un nouveau regard
sur une ancienne question

par A. W. Tozer


La tendance à accepter tout nouveau point de vue sur les questions religieuses comme étant la seule et unique interprétation est une tendance qui est profondément ancrée dans notre nature. Il s'agit tout simplement de l'amour du statu quo que manifestent tous les peuples dans tous les domaines de la pensée humaine. Une nouvelle idée nous est proposée par ceux que nous respectons; nous vérifions les références, acceptons l'idée, trouvons que mentalement la chose nous convient tout à fait, et nous nous empressons de lui apposer le sceau de l'orthodoxie. Et puis ensuite nous nous efforçons de juger les autres en fonction de leur acceptation ou de leur refus de l'idée en question. Naturellement nous résistons à toute suggestion que la doctrine mériterait peut-être quelques rectifications afin qu'elle s'aligne correctement avec les Ecritures et la foi traditionnelle chrétienne.

L'assertion que l'eschatologie des cent dernières années (tenue aujourd'hui comme véridique par la plupart des fondamentalistes), n'est pas en tout point en accord avec les croyances des pères de l'église, serait condamnée comme une vile hérésie par la plupart des chrétiens modernes. Mais les faits sont facilement vérifiables -- ceux qui le veulent peuvent prendre le temps de lire et d'étudier la question par eux-mêmes.

Habituellement, dans les milieux où les gens sont conscients de cette anomalie, on justifie sa position en déclarant que tous les grands chrétiens du passé ne partageaient pas notre point de vue sur la prophétie parce qu'ils n'étaient pas éclairés. C'étaient certes de bons chrétiens, mais ils ne sont jamais parvenus aux sommets de la vision prophétique que nous avons aujourd'hui. Les frères Wesley par exemple et des hommes tels que Edwards, Knox et Rutherford étaient tout à fait biens dans la limite de leurs connaissances, mais ils étaient tristement dépourvus de vérité dans le domaine de la prophétie des derniers temps.

Mis à part le fait que ce sont les mêmes arguments qui sont avancés par les Témoins de Jéhovah et les Adventistes pour justifier leurs idées, il existe au moins une autre raison pour rejeter cette vision trop simpliste des choses : elle nous met dans la douloureuse position de devoir nous considérer comme supérieurs à des personnes que tout le monde sait avoir été infiniment au dessus de nous dans tous les domaines qui constituent la grandeur spirituelle. Sans vouloir user de désinvolture, je dirais que si Saint Augustin, Bernard et Watts et Andrewes (théologien anglais, 1555-1626) ont atteint de tels sommets de sainteté tout en étant aveugles aux vérités de l'eschatologie, et si les fondamentalistes modernes sont ce qu'ils sont tout en étant bénis d'une connaissance des vérités prophétiques, alors on peut dire qu'il est certainement profitable de rester dans l'ignorance à ce sujet!

Christ reviendra sur terre pour réveiller Ses saints qui se sont endormis et pour glorifier Ses fidèles qui sont vivants à Sa venue. Nous croyons que Son retour constitue l'espérance de l'église, une espérance qui seule peut rendre pour nous la vie sur terre tolérable. Mais est-il incompatible avec cette croyance de désirer de connaître ce que Dieu nous a révélé concernant le futur plutôt que d'accepter aveuglément ce qu'une certaine école de pensée voudrait nous faire avaler? Est-ce non-spirituel de désirer la vérité plutôt que de suivre sans examen les enseignements eschatologiques qui étaient inconnus des saints des temps passés? Nous croyons que ce n'est ni incompatible ni non-spirituel.

L'heure est venue pour un ministère d'enseignants qui réexamineront toute la question prophétique à la lumière des Ecritures, qui ne seront pas émerveillés par les grands noms des quelques dernières décennies, mais qui vérifierons les enseignements des temps modernes avec les croyances des grands chrétiens du passé et donneront à ces croyances au moins autant de poids que les croyances des enseignants modernes. Nous avons besoin de gens courageux qui puissent parler avec autorité spirituelle, pas de ceux qui se contentent de répéter bêtement les opinions de quelques experts de l'eschatologie qui sont arrivés à leurs convictions actuelles en lisant les livres les uns des autres.

Peut-être que, après tout, le plus grand problème auquel nous devons faire face dans le domaine de la prophétie est un problème de bonne volonté plutôt qu'un problème de connaissance. Il se peut que nous n'ayons pas toujours l'assurance d'avoir raison sur chaque point de détail, mais nous pouvons toujours savoir si nous sommes prêts moralement et spirituellement pour le grand jour du retour du Seigneur. "Toi aussi, sois patient et tiens ferme, car le retour du Seigneur est proche".

( Article tiré de This World : Playground or Battleground ?, chapitre 11 )

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