Les livres et la morale

par A. W. Tozer


Jimmy Walker, anciennement maire de New York pendant les années 20 est réputé d'avoir fait la remarque suivante, qui a été largement acclamée comme véridique par ceux qui ont bien voulu la croire. "Je n'ai jamais entendu parler", dit-il, "d'une personne dont la vie ait été ruinée par un livre".

Cette remarque profonde a été lancée, de ce qu'on se souvient, pendant une enquête officielle concernant l'effet que pouvait avoir certains écrits à caractère doûteux sur la morale du public. Il est certain que nous ne pouvons apporter de preuve que Monsieur Walker ait entendu parlé d'une personne dont la vie avait été ruinée par un livre, mais cela pourrait s'expliquer en supposant cet homme possédait une connaissance extrêmement pauvre du sujet, ou qu'il avait une idée totalement différente de ce que pouvait signifier le mot "ruiné" par rapport aux personnes plus consciencieuses de la population qui s'inquiètent toujours de l'effet néfaste que produit la mauvaise littérature sur la conscience collective du public. Quelque soit l'explication, l'implication de Walker qu'aucune vie n'a jamais été ruinée par un mauvais livre est cent pourcent fausse. Les faits ne sont pas de son côté.

L'histoire nous montre que les mauvais livres n'ont pas seulement ruiné des individus, mais même des nations entières. Ce que les écrits de Voltaire et Rousseau ont fait à la France est trop bien connu pour nécessiter de plus amples explications. Aussi, il ne serait pas très difficile d'établir une relation de cause à effet entre la philosophie de Friedrich Nietzsche et la carrière sanglante d'Adolf Hitler. Sans aucun doute les doctrines de Nietzsche sont réapparues dans les discours du Führer et ont rapidement constitué la position officielle du parti Nazi. Et il est difficile d'imaginer que le Communisme russe n'ait pu se mettre en place sans les écrits de Karl Marx.

La vérité est que les pensées sont des choses, et que les mots sont des graines. La parole écrite peut très bien rester latente pendant des années, semblable à une graine qui reste en terre pendant la durée de l'hiver, pour jaillir au moment favorable et rendre une récolte abondante en croyance et en pratique. Beaucoup de ceux qui sont des membres actifs dans l'église sont venus à Christ en lisant un livre. Des milliers de personnes ont témoigné de la puissance d'un simple tract évangélique à attirer la pensée et la diriger vers Dieu et le salut.

Ce ne sera qu'au moment où les hommes sont appelés pour rendre compte au Dieu Très-Saint de leurs mauvaises oeuvres, que l'on aura une idée de la vaste influence qu'a pu avoir la littérature malsaine sur la décadence morale que l'on vit actuellement. Pour des milliers de jeunes gens, le premier doute à l'égard de Dieu et de la Bible leur est venu en lisant quelque mauvais livre. Nous devons respecter le pouvoir des idées. Les idées imprimées sont tout aussi puissantes que les idées parlées -- elles ont peut-être une mèche plus longue, mais leur pouvoir explosif est tout aussi grand.

Ce que tout cela implique, c'est qu'en tant que chrétiens, notre conscience nous oblige à décourager la lecture de toute littérature subversive et de promouvoir le plus possible la circulation de bons livres et de bons magazines. Notre foi chrétienne nous apprend que nous devons nous attendre à répondre pour chaque parole prononcée à la légère -- combien plus devons-nous redouter d'avoir à nous tenir devant Dieu pour rendre compte des paroles mauvaises, qu'elles soient écrites ou parlées?

La tolérance de toute littérature nocive n'est pas le signe d'un intellect brillant -- mais cela peut être tout simplement le signe d'une secrète sympathie pour le mal. Tout livre devrait être jugé par son contenu uniquement, tout à fait indépendamment de la réputation de l'auteur. Le fait qu'un livre désagréable et suggestif ait été écrit par un auteur "reconnu" n'en fait pas un livre moins nuisible. S'il est mauvais, il est mauvais, quelle qu'en soit son origine. Les chrétiens devraient juger un livre par sa pureté, et non pas par la réputation de l'auteur.

Le désir de paraître ouvert d'esprit est difficile à surmonter, car il est enraciné dans notre ego et n'est pas autre chose que de la fierté mal dissimulée. Au nom de l'ouverture d'esprit, bon nombre de foyers chrétiens se sont ouverts à de la littérature qui a trouvé son origine non pas dans un esprit ouvert mais dans un esprit petit, sale et pollué par le mal.

Nous demandons à nos enfants de s'essuyer les pieds avant d'entrer dans la maison. Osons-nous en demander moins de la littérature qui franchit la porte de notre foyer?

( Article tiré de This World : Playground or Battleground ?, chapitre 12 )

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