Au delà du chant

par A. W. Tozer


Il y a une idée généralement acceptée parmi les chrétiens, que le chant serait la plus grande expression possible de la joie du Seigneur dans le coeur d'un homme. Cette idée est tellement proche de la vérité, qu'il pourrait sembler impertinent de la contester. Nous ne voulons pas couper les cheveux en quatre pour le simple plaisir de rentrer en opposition avec les autres. Après tout, nous avons sans doute beaucoup de fausses notions et de faux concepts, mais ces notions, quoi qu'elles soient fausses, sont trop insignifiantes pour mériter notre attention. Ce sont comme les petits défauts corporels que nous avons tous, ils sont sans importance réelle, et ils sont trop annodins pour qu'on en parle sérieusement.

Cependant, cette idée que le chant serait l'expression suprême de toute expérience spirituelle possible, n'est pas une mince affaire; c'est une grande et grave erreur qui doit être menée à la lumière des Ecritures et du témoignage chrétien. Autant la Bible que le témoignage d'innombrables saints montrent qu'il est possible d'avoir une expérience qui dépasse le chant. Il y a des délices que le coeur peut savourer dans la terrible présence de Dieu, que le langage ne suffit pas à exprimer -- ils appartiennent au domaine ineffable de l'expérience chrétienne. Rares sont ceux qui les expérimentent, car rares sont ceux qui savent qu'ils le peuvent. Le concept même de louange ineffable est perdu dans cette génération de chrétiens Notre niveau de vie est tellement bas que personne ne s'attend à connaître les choses profondes de l'esprit avant le retour du Seigneur. Et donc nous nous contentons d'attendre, et pendant notre attente, nous aimons à égayer nos coeurs de temps en temps avec un chant.

Bien entendu, nous ne voudrions en aucun cas décourager la pratique du chant. La création elle-même a eu lieu dans un éclat de chanson, Christ est ressucité des morts, et Il a chanté un cantique avec Ses frères, et il nous est promis que ceux qui habitent la poussière se lèveront et chanteront lors de la résurrection. La Bible est un livre musical, et, à part la Bible, le meilleur livre à posséder, c'est un bon recueil de cantiques. Mais il y a malgré tout quelque chose qui va au-delà du chant.

La Bible et les biographies chrétiennes mettent l'accent sur le silence, mais de nos jours, nous n'utilisons jamais le silence. Le plus souvent, de nos jours, les services religieux évangéliques sont maintenus en vie par le bruit. C'est en faisant un boucan religieux que nous rassurons nos coeurs défaillants que tout va bien. Inversement, nous sommes méfiants à l'égard de tout silence, et nous le considérons comme étant la preuve que la réunion est "morte". Même les plus dévoués semblent penser qu'ils doivent troubler les cieux avec leurs grands cris et leurs mugissements, sans quoi leurs prières ne seraient pas exaucées.

Bien-sûr, tout silence n'est pas spirituel. Certains chrétiens se taisent parce qu'ils n'ont rien à dire; d'autres se taisent car ce qu'ils ont à dire ne peut pas être exprimé par des langues mortelles. Nous ne parlerons pas des premiers pour le moment, nous limiterons nos remarques aux derniers.

Là où l'on permet au Saint Esprit d'exercer Sa pleine puissance dans un coeur racheté, la progression sera vraisemblablement comme suit: Tout d'abord, une louange à haute voix, dans les paroles, dans la prière ou dans le témoignage. Ensuite, lorsque le crescendo dépasse les capacités d'expression du langage étudié, vient le chant. Enfin, lorsque le chant s'écroule sous le poids de la gloire, alors vient le silence, où l'âme, tenue en profonde fascination, se sent bénie d'une béatitude ineffable.

Au risque d'être considéré comme un extrémiste ou un fanatique, nous proposons comme notre opinion mûrement réfléchie qu'on peut atteindre de plus grands progrès spirituels en un court moment de silence inexprimable dans la présense grandiose de Dieu que dans des années de simple étude. Tant que nos facultés mentales sont au pouvoir, il y a toujours le voile de la nature entre nous et la face de Dieu. Ce n'est qu'au moment où notre prétendue sagesse a été vaincue dans une rencontre essoufflante avec l'Omniscience qu'il nous est permis de vraiment savoir. Lorsque nous sommes prosternés et silencieux, l'âme reçoit la connaissance divine comme un rayon de lumière sur du film photo-sensible. L'exposition à la lumière peut être brève, mais les résultats sont permanents.

( Article tiré de This World : Playground or Battleground ?, chapitre 16 )

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