Méditation parmi des feuilles d'automne

par A. W. Tozer


Ici dans le nord les champs virent au marron et les érables avec leur rouge éclatant parsèment le paysage. L'air parfumé de l'encens de feuilles brûlées a une douceur subtile tandis que l'homme et la nature s'unissent pour célébrer le passage de l'été et l'arrivée des « jours mélancoliques. » Le ciel est d'un bleu décidé et le soleil brille courageusement, même si son éclat est terni par la fumée de mille feux alimentés par les guirlandes fanées qui hier couronnaient les fiers sommets des arbres.

Oui, il faut se rendre à l'évidence -- l'été indien est parmi nous à nouveau et un ce jours il y aura la gelée, voire même quelques flocons expérimentaux, prémices trompeurs des profondes congères qui nous attendent.

Il fait encore chaud et les signes de l'été ne sont pas tous disparus, et pourtant il manque quelque chose -- le chant des oiseaux qu'on entendait encore il n'y a pas si longtemps dans les villages et à la campagne et parfois même jusque dans le coeur des villes. Les forêts sont étrangement silencieuses maintenant, alors qu'il y a seulement quelques semaines le chant mélodieux de mille oiseaux annonçait le lever et le coucher du soleil.

Où sont-ils ces chantres rustiques de l'arbre et de la haie, ces Asaph du champ et du buisson ? C'est dommage, mais ils sont partis quand nous en avions le plus besoin. Ils ont pris la fuite vers le midi pour s'échapper à l'haleine glaciale de l'hiver. Ils ont fait leur nid dans nos arbres, et se sont nourris dans nos champs de blé pendant que l'été était avec nous, mais tout cela ils l'ont oublié et ils ont pris la route sans même nous saluer du bout de l'aile. Et nous sommes un peu déçus car nous les aimions bien et malgré les expériences passées nous leur faisions confiance. Un être avec tant de mélodie dans la gorge ne pourrait être infidèle, pensions-nous, mais une fois de plus nous avions tort -- ils ont trahi notre confiance. Ils sont déjà loin et pendant que nous frissonnons sous nos cols retournés ils planeront au dessus de prairies vivantes de chaleur et de fleurs et d'insectes multicolores.

Eh bien, nous pouvons leur pardonner car apparemment la nature leur a fait habiter le soleil ; la gelée tue leur enthousiasme et détruit leur chant. Ce sont des amis estivaux et il nous faut les accepter pour ce qu'ils sont. Mais si nous sommes assez sages pour le voir, la migration des oiseaux peut contenir une morale pour nous, et la considération des oiseaux pourrait bien rendre mal à l'aise quelques uns parmi nous. Car il y a des chrétiens qui semblent faits uniquement pour le soleil. Il leur faut une température favorable avant qu'ils ne puissent agir comme des chrétiens -- ils n'ont jamais appris à porter en eux leur propre climat. Ceux qui réussissent à générer un enthousiasme incroyable pendant que les choses vont bien disparaissent dès le premier signe d'ennuis. Ils ne peuvent pas servir Dieu dans la neige -- ce sont des oiseaux strictement estivaux. Ils nous désertent dès que l'hiver approche.

Il n'y a aucun doute que la croix de Christ était plus lourde à porter à cause du comportement des disciples -- « Puis tous l'ont abandonné et se sont enfui. » Paul connaissait ce sentiment terrible lorsqu'il a écrit « Dans ma première défense, personne ne m'a assisté, mais tous m'ont abandonné. Que cela ne leur soit point imputé ! » Tout véritable chrétien, aura assez vite dans sa vie spirituelle l'occasion de comprendre au travers de l'amère expérience ces paroles de l'apôtre. Trop de personnes religieuses sont des amis estivaux.

Alors, que faut-il faire de ces amis inconstants ? Prier pour eux et les laisser entre les mains du Sauveur qui est mort pour eux. Il les connaît mieux que nous et c'est à Lui qu'ils devront rendre compte finalement. Nous ne permettront pas que cela nous décourage. Seulement nous remarquons que cela existe et nous enfilons nos bottes pour nous préparer à servir Dieu dans le mauvais temps. Lorsque le printemps reviendra nous serons contents, mais nous refusons de fuir les tempêtes de l'hiver. Nous devons nous occuper des affaires de notre Père. Il s'occupera du temps.

( Article tiré de This World : Playground or Battleground ?, chapitre 18 )

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